Dans une maison de la banlieue parisienne, deux jeunes femmes dormaient dans un lit deux places. Seules leurs longues chevelures, brune pour l'une et noire pour l'autre, dépassaient du monticule de draps. Elles respiraient régulièrement, semblant plongées dans de merveilleux rêves. Malheureusement le réveil sonna, interrompant cet instant de bonheur. Les jeunes femmes sursautèrent, et la plus proche de cet objet ingrat qu'est le réveil donna un bon coup de poing dessus. Le tortionnaire se tut immédiatement, mais sa tueuse -la brune- se leva et ouvrit les rideaux.
Dehors, il faisait beau, c'était une magnifique journée de juin. Elle contempla la grande piscine du jardin, et se dit-ce n'était ni la première ni la dernière fois- que sa meilleure amie avait bien de la chance d'être aussi riche. D'ailleurs, il était sûrement temps de réveiller cette dernière. La brune n'y alla pas de main morte. Elle sauta sur le lit, tira les cinq ou six draps qui recouvraient son amie et secoua celle-ci. La dormeuse fut tirée de son sommeil -le réveil n'avait aucun effet sur elle- et grogna, tout en clignant des yeux aveuglée par la lumière.
-Groumpf.
-Tu peux répéter ? demanda la "réveilleuse", un grand sourire sadique collé sur son visage.
-Je disais que je faisais un magnifique rêve. Nous venions de gagner le concours organisé par l'école et nous pouvions interviewer un groupe de musiciens. Mais je ne sais plus lequel nous avions choisi...
-Eh bien, quelle grande phrase était camouflée par cette simple onomatopée ! Et quel beau rêve as-tu fait ! Mais nous n'avons pas encore gagné, je te rappelle que la cérémonie se déroule aujourd'hui et nous devons partir dans une heure et demi Myrtille !
-Ne commence pas à me foutre la pression Prune. Je sais très bien quelle heure il est, et je te prie de dégager du lit afin que je puisse me lever et donc...
-Et donc préparer le petit-déjeuner, te laver, t'habiller, te coiffer et te maquiller, l'interrompit Prune. Je connais ton refrain par c½ur, tu me le chantes tous les matins.
Prune sauta sur le sol, et Myrtille put enfin se lever. Elle courut aussitôt vers l'escalier qu'elle dévala pour arriver dans la cuisine. Prune, quant à elle, se dirigea vers la salle de bains attenante à la chambre. D'ailleurs, il y avait un sacré désordre dans cette chambre. "Oui, mais un désordre organisé" répondait Myrtille à chaque fois que sa mère lui faisait cette remarque. Mais là, elle et Prune avaient la paix pour trois semaines, la mère de Myrtille étant partie en voyage professionnel. La salle de bains était plus ordonnée, malgré les nombreux shampoings, gels douche, bains moussants et autres produits pour le corps qui traînaient un peu partout. La mère de Myrtille, Laurence, occupait une très haute fonction dans une grande boîte de cosmétiques française, ce qui faisait qu'elle ramenait une fois par semaine un carton entier de produits divers.
Tandis que Prune prenait sa douche, Myrtille préparait le petit-déjeuner. Elle savait exactement ce que son amie aimait le matin : une omelette, une tranche de jambon fumé, du pain complet, une pomme verte et un grand verre de jus d'orange sans pulpe. Myrtille, ou Mymy comme on l'appelait souvent-, préférait un menu plus traditionnel : de la confiture sur des biscottes, un croissant et une tasse de café ou de thé. Ce matin, comme elle était un peu endormie, ce serait du café. Après avoir tout installé, elle commença à manger, et Prune déboula en trombe, encore en peignoir. Elle s'assit en face de Myrtille, et la remercia pour ce repas si bien préparé.
Ce moment du petit-déjeuner en commun était sacré pour les deux amies. C'était là qu'elles élaboraient le programme du jour, des sorties prévues le soir et parfois là où elles finissaient des dissertations ou autres devoirs contraignants. Car lorsqu'on est élève à Sciences-Po, on ne batifole pas avec le travail. Les élèves de première année en étaient submergés, mais les deux amies, très brillantes, parvenaient à bout de la charge sans trop de problème.
Myrtille jeta un ½il à l'horloge digitale du micro-ondes. Il était sept heures et demie, et elles devaient partir dans une heure. Un peu paniquée à l'idée d'arriver en retard, elle fit remarquer à Prune qu'il fallait se dépêcher.
-Mais non Myrt. Pas besoin de se mettre la rate au court-bouillon. Va te laver si tu veux, je vais débarrasser la table.
-Merci Pruny. Je cours à la salle de bains.
Et c'est ce qu'elle fit. Myrtille prit sa douche en quatrième vitesse, prenant quand même le temps de choisir soigneusement le gel douche du jour. Vu son état légèrement somnolant, elle optât pour un gel vivifiant à la menthe-verveine. Elle se savonna, se rinça puis s'enveloppa dans son peignoir vert, en accord avec la couleur de ses yeux. Une fois sortie de la douche, Myrtille retourna dans sa chambre, où elle trouva Prune en plein dilemme devant l'armoire que partageaient les deux femmes. Elles piochaient indifféremment dans les vêtements de l'une ou de l'autre, chacune faisant à peu près la même taille.
Myrtille enfila un slim blanc, un corsage noir avec des manches de tulle et ses chères bottines violettes. Beaucoup de gens lui faisaient remarquer qu'elle était folle de mettre des bottines de cuir en juin, mais elle s'en fichait. Jamais personne ne pouvait la raisonner sur ses vêtements.
Prune, un peu plus classique, s'habilla avec un jean léger et un chemisier blanc manches trois-quarts qui mettait en valeur sa magnifique peau hâlée.
Elles se maquillèrent rapidement, ombre à paupières bleue électrique pour Myrtille et marron pour Prune, du mascara, du blush et du rouge à lèvres carmin pour les deux. Elles se regardèrent dans le miroir, et sourirent de contentement. Le duo de choc était vraiment charmeur.
Après que Myrtille se soit équipée en bijoux divers -grand sautoir autour du cou et bagues à quasiment tous les doigts- et que Prune se soit octroyée une giclée de parfum, les deux jeunes femmes attrapèrent leurs sacs à mains respectifs, fermèrent la porte et se dirigèrent vers le garage de la maison. Myrtille possédait son permis de conduire et une belle Audi S6. Elle n'était jamais inquiète à l'idée de se la faire voler pendant les cours, sa voiture étant loin d'être la plus fastueuse des élèves.
Quelques minutes plus tard, les deux amies arrivèrent en vue de Sciences-Po, située dans le quartier de Saint-Germain. Myrtille gara la voiture dans le parking réservé aux étudiants, puis elle et Prune gagnèrent l'amphithéâtre principal, là où devait avoir lieu l'annonce du duo gagnant du concours. Elles s'assirent à leurs places habituelles, pile au milieu en hauteur et largeur des gradins. Autour d'elles, les étudiants discutaient nerveusement, chacun espérant remporter le concours. Le premier prix était quand même la possibilité d'interviewer un groupe de musique et de voir celui-ci apparaître dans un prestigieux magazine musical.
Les babillages cessèrent dès que le directeur des premières années entra dans la salle. Il grimpa sur l'estrade, et après un bref discours sur l'honneur que représentait le fait de gagner le concours, il se tut un instant et d'une voix sonore annonça :
-Le duo gagnant est... Mlle Hannah Ledermann et Mlle Zorah Al-Fayed ! Félicitations !
Les deux jeunes femmes ne semblaient pas avoir réalisé qu'elles avaient gagné. Au bout de quelques secondes, Prune, ou plutôt Zorah, se leva et hurla :
-Ouah putain de merde nom de Dieu on a gagné ! On a gagné !
Tout le monde la regarda, un peu surpris. Elle rougit, gênée d'avoir vociféré autant de grossierté dans une même phrase. Myrtille-Hannah se leva à son tour et serra longuement dans ses bras sa meilleure amie, puis elles descendirent les escaliers d'un pas chancelant afin de recevoir les félicitations du directeur. Celui-ci les congratula chaleureusement, puis leur remis un dossier contenant les informations nécéssaires à l'interview. Les deux amies n'avaient plus qu'un seul problème : trouver le groupe à questionner. Le directeur les fit sortir par une autre porte, et ,quand elles se retrouvèrent à l'abri de toute oreille insdiscrète ,les deux amies laissèrent leur joie s'exprimer en sautant comme des folles.
-Je suis vraiment heureuse. C'est le meillleur moment de ma vie ! s'exclama Myrtille.
-Moi aussi. Il faut avertir Lys et Orchidée. Mais... Je ne sais plus si elles ont cours aujourd'hui, hésita Prune.
-Je vais les appeler. Si elles ne répondent pas, c'est qu'elles sont à l'école.
Myrtille sortit son portable de sa poche et composa le numéro d'Orchidée. Celle-ci répondit dès la première tonalité.
-Mymy ! Prune ! Vous avez gagné c'est ça ? On est super contentes pour vous ! Il faut absolument fêter ça ! hurlèrent d'une voix hystérique Lys et Orchidée, endommageant à jamais le tympan de Myrtille.
-Chut. Calmez-vous. Oui nous avons gagné. Oui on se retrouve chez moi pour fêter ça, et non nous ne savons pas encore quel groupe interviewer, répondit Myrtille avant que l'une des deux amies ait pu reprendre la parole.
-Bisous, à ce soir ! cria Prune, en espèrant que les hystériques l'entende.
-Ouaich bioubiou Pruny.
Myrtille appuya sur la touche "raccrocher" et se frotta l'oreille gauche. Ces satanées hurleuses lui avaient bien défoncé l'oreille.
-Bon. Il est neuf heures et demie, je te propose de rentrer chez moi, de faire un bon dodo pour nous remettre de ces émotions et de ranger notre chambre car elle ressemble plus à une porcherie qu'à une pièce à vivre ! proposa Myrtille.
-D'accord. On rentre, accepta Prune.
Les deux amies retournèrent tranquillement chez Myrtille et s'affalèrent sur le lit toute habillées.
Ca change d'avant non ?